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Be Good
Bonjour mon petit loup et bienvenue sur Be Good !
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vas-y, lis entre les lignes — aaron

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Charles Bowers
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Sam 10 Déc - 23:54


« un café s'il vous plaît »

Ce n'était pas pour toi, mais pour ta mère. Qui était en retard. Encore, toujours, à jamais en retard. En achetant ce café, tu as cru espérer qu'elle vienne maintenant, pour le déguster chaud, pour qu'elle te dise « merci mon chéri » avec son sourire fripé de vieille dame d'affaire un peu bipolaire. Tu voulais qu'elle te tienne la main, enlacées sur la table, basculant entre l'utopie et la réalité. Tu ne cesses de fixer les visages des gens qui rentrent, le cœur emballé par chaque bruit, chaque courant d'air effleurant ta joue, la tête plongée dans la tasse de café dont la fumée commençait à s'estomper. Tu ne faisais plus attention aux minutes ni aux heures jusqu'à ce qu'on t'attrape l'épaule. « excusez moi, mais ça ferme donc heu ... » fallait pas en rajouter. Elle t'avait oublié, elle t'avait rayé de son emploi du temps. Tu t'es levé, laissant ainsi, la tasse du café givrée par les mauvaises idées et le cœur de glace qui s'était emparé de toute sa chaleur, de tout l'amour qu'il pouvait donner, oui, tout ça pour un petit café.



« - charles, désolé mon poussin, désolé … tu sais, les chiffres hein …
- ne t'inquiète pas.
- samedi après 16H00, je suis libre si tout va bien je-
- à samedi alors, bisous.
- Ah heu biso- . . . »



le téléphone se décroche et toi tu t'affales, tu dors, tu morfales. Tu sens ton corps s'enfoncer dans le lit, il t'accueille, tu n'as rien à faire à part attendre demain, à part attendre que les autres fassent un minimum de chemin vers ton toi en déclin. Tu dis qu'elle ne viendra sûrement pas, qu'elle ne sera pas là, occupée là-bas, à coucher et travailler par-ci par-là. Mais ce n'est pas grave. Rien n'est grave, mais tout est pitoyable. Rien n'est moche et pourtant, qui voudrait te faire une galoche ? Songe. Tu plonges une nouvelle fois dans ses bras qui s'allongent pour humer ton visage. Insipide.
Aujourd'hui, pas du café. Aujourd'hui, tu attends au fond de la salle, tu te laisses aller contre le dossier, tu frottes tes mains sur ton pantalon, tu attends, patience. Et quand tu vois ta mère, ces petits yeux bridés et noircis par la fatigue, tu sens ton pouls devenir fou. Tu souris avec ce sourire tendre, celui qui fait du bien, celui qui rend heureux quand on le voit, celui de charles, tout simplement.



« - charles, chéri !
- bonjour maman, désolé de t'embêter …
- qu'est-ce que tu racontes va, ça va ? Je ne pourrai pas rester longtemps donc pardonne-moi.
- Ah c'est pas grave ahaha.
- Tu te plais au foyer ? Non parce que si tu veux rentrer, j-
- oui, je me plais bien, merci de me le demander.
- D'accord d'accord. Ah excuse moi je, oui allo- »



téléphone, téléphone, ça bouche à lèvre qui à l'odeur de ce putain de téléphone. Toujours là, dans sa main, toujours présent dans son quotidien, pas foutue de te regarder « toi », pas foutu de voir que chez son fils, rien ne va. Et ça t'énerve. Son rouge à lèvres qui coule tellement elle parle, des chiffres, du boulot, putain, t'en a ras le cul. À peine elle eut le temps de raccrocher que s'en suit une longue discussion coupée au blanc, à la cocaïne de l'ennui qui se faufile dans ses yeux qui crient « qu'est ce que tu me fais chier toi ».


«  - charles, j'aimerai toujours savoir pourquoi-
- pourquoi quoi ? Tu me fais chier.
- Mais c'est normal bon sang ! Regarde-toi un peu ..
- je sais bien que je suis pas beau.
- Mais non … puis il n'y a pas que ça, tu vois très bien de quoi je parle.
- Tu veux savoir pourquoi je suis mort ? Ça ne te regarde pas, je suis désolé.
- Quand est-ce que tu vas réaliser que t'es vivant, pitié, charles, c'est normal de vouloir savoir pourquoi son fils s'est suicidé deux fois !
- Vas-y, crie, moi je m'en fous, mais ça va faire tache sur toi si les gens l'entendent.
- Arrêtes un peu ! … attends je reçois un appel »



va te faire foutre,
elle te fait chier,
tu sais plus où te mettre,
les gens doivent avoir pitié.
« - je dois y aller, une affaire de pub … bisous mon chéri.
- oui, salut »

bouche à pute enrobée de rouge à lèvre. Tu te lèves, tu te laisses embrasser et tu retournes boire la haine qui est en train de te consumer. Tu n'as pas envie de rentrer, ne t'as pas envie de voir les éducateurs, t'as envie de voir personne mis à part le verre que tu viens de commander.
Un truc fort,
un truc pas bon,
de toute façon,
tu sais que t'as tort,
mais tant pis,
tant pis,
peu importe le prix.
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Aaron K. Holtzman
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Dim 11 Déc - 22:47

vas-y, lis entre les lignes

Les jours roulent et se déroulent, inlassable répétition. Parfois, le maigre espoir d'une chevelure blonde qui se présenterait intervenait dans la monotonie, mais il était bien vite chassé — d'un coup de main, un éclat de voix, du toucher du bois, de tout et n'importe quoi. Parce que tout valait mieux que cette bien piètre attente, omniprésente.
Aaron avait fait un choix, et ne pouvait qu'en assumer les résultats — et peu importait que les ruines qu'il restait semblaient le blesser un peu plus à chaque fois, tout virant à l'amertume.

Un coude contre son bras. Ah, oui, c'est vrai. Son collègue était là, le monde aussi, un peu trop vivant, brillant, bruyant. Le son bourdonne à ses oreilles, insecte dérangeant, tandis que son interlocuteur fait un commentaire à propos de ce gosse, celui qui a attendu jusqu'à la fermeture hier, et qu'une femme vient de laisser. Celui qui pue le mal-être si fort que toute conversation avec lui semble vouée à l'échec.
Celui qui lui rappelle un peu trop de choses, et qui, avec son attitude aussi tortueuse que son être, semble toucher à une corde sensible dont il ignorait l'existence — ou plutôt, dont l'existence avait été oubliée en même temps qu'il avait voulu tout recommencer.

C'était comme un souvenir et tout à fait autre chose aussi, un mélange de ce qui a été et de ce qui aurait pu être, et des éléments tout autres, évidemment. Quelques informations qu'il avait retenues malgré lui, lors des précédentes visites de ce jeune.
Lui aussi était un reste d'humanité, délavé par l'écume de ses maux, et Aaron avait cette étrange sensation, de plus en plus insistante à chaque fois qu'il l'apercevait, que s'il arrivait à faire une différence pour lui, peut-être, juste peut-être, retrouverait-il une partie de lui-même qu'il avait abandonné bien longtemps auparavant.

Mais pour le moment, là n'était pas la question — et il était déjà surprenant qu'il y en ait une, que son intérêt pour les autres s'éveille. Non, la question était toute autre, et réservée à plus tard, car il n'était pas friand des entrées en matière fracassantes, ni des mots qui remuent le couteau dans la plaie, même s'ils crèvent aussi l’abcès.

Alors, après s'être dirigé vers la table du jeune avec sa discrétion habituelle, il pose sa commande sur la table, la contemplant quelques instants. Puis il redresse la tête, regardant le client droit dans les yeux — tiens, ce regard était bien creux — et remarque simplement, d'un ton neutre et légèrement curieux :

«  Il est un peu tôt pour ce genre de boissons. »



Ce n'était pas dans ses habitudes, d'engager la conversation, d'attirer la personne qui a besoin de vider son sac, et il ne savait s'il devait se conforter ou non dans le fait que, malgré tout, il ne ressentait pas réellement de gêne — même s'il se ratait, ce n'était jamais qu'une erreur de plus.

«  Tu dois être sacrément dans la merde pour en être rendu à ce point-là. »



C'était le mieux auquel il pouvait penser, mieux que de prendre des grands airs et prétendre pouvoir donner des conseils, prétendre connaître réellement le problème; c'était le mieux auquel il pouvait penser sans mentir sur qui il était.


© charney
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Charles Bowers
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Lun 12 Déc - 0:56



Tu attendais, tu ne pensais à rien, tu écoutais le bruit des verres, les clients qui avalaient de travers, tu regardais par la fenêtre, la nuit s'était nappée sur les toits de la ville et ô combien tu détestais ça, la nuit. Phobie du noir, trous noirs de fantômes qui déversaient leur amertume sur le bitume de tes pensées. Le verre posé sur la table, détonnant le bruit sec de l'alcool fort, puant la miséricorde qui te hurle « charles, ce n'est pas bon, ce n'est pas bien ». mais ce n'est pas important, rien ne l'est, car tout ce qui te concerne est balayé par la rafale mensuelle du vent. Et tu sens. Tu sens son regard se fixer sur ta boisson, sur ton visage, sur tes yeux qui depuis tout à l'heure, essayent d'apercevoir les cieux de de ce lieu belliqueux. Et merde, qu'est-ce que tu détestes qu'on regarde tes yeux.

« les minutes, les heures, c'est la même quand on a rien à faire. Tôt ou tard, c'est subjectif, finalement. Tu as des beaux yeux mais... ». que dire, mais surtout que faire. Parler, se confronter à quelque chose d'humain, d'hautain, de vivant, tout simplement. Tu n'avais plus l'habitude de parler comme si tout était facile, comme si tous les mots n'avaient aucun impact alors que si, ils ont en un. Et d'un trait, d'un seul petit trait de nervosité, tu as bu ton verre, tu l'as gobé comme un flanc, dégouttant, brûlant méchamment ta gorge tel la lave de ta colère qui rouille dans tes vicaires. Et ta grimace, quelle horrible grimace, celle du bébé qui mange du citron. Celle du gamin qui se rend compte que l'alcool c'est pas véritablement bon.
« mais tu sais aussi que regarder les gens dans les yeux, ce n'est pas très poli. Vraiment pas très poli » impoli comme la liqueur qui te faisait mal aux papilles, impoli comme la moue dérangée que tu viens d'afficher, impoli comme le regard de tous ces élèves qui t'ont harcelé. tu reprends tes tics, tes tocs, ceux qui font que tes mains s'articulent bizarrement, tu recommences, c'est bien plus fort que toi. c'est bizarre, c'est toi.
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Aaron K. Holtzman
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Dim 18 Déc - 22:03

vas-y, lis entre les lignes

Ah, ces réponses qui empestent la réflexion, les neurones qui fonctionnent constamment, les pensées qui défilent dans une course constante quand le vide n'en prend pas la place. L'un ou l'autre, tout ou rien, des êtres dans l'extrême qui ne connaissent la mesure. Être creux ou être rage, envie; n'être rien ou être un.

L'attente est polie, et peut-être aussi curieuse, tandis que le jeune homme cherche ses mots, puis vide son verre  — cette fois-ci, ce n'est pas un verre pour oublier, mais pour parler, ou peut-être un savant mélange des deux  —, grimace; fais cette tête de l'enfant qui a grandit un peu trop vite, dans un monde trop brusque, dont l'adolescence a détruit bien plus que l'innocence.
Puis la suite vient, et, ah oui, c'est vrai, Aaron a le don pour mettre les pieds dans le plat, toujours, pointer du doigt ce qu'il ne faut pas. Oublier le contact visuel lorsqu'il ne faut pas, ne pas l'oublier lorsque ça met mal à l'aise. Le désir de faire les choses bien est inutile s'il n'est pas suivi des gestes qu'il faut. Il le sait, mais parfois, il espère que, pour une fois, ça change. C'est pour ça qu'il est là, d'ailleurs, mais il devrait savoir que, non, ça ne marche pas comme ça  — jamais, il empile les erreurs comme d'incongrus trophées qui ne cessent de grimper.
Et peut-être, peut-être est-il un peu agacé par la moue de son interlocuteur, sa réaction qui semblait toucher juste le point sensible, mais sa nonchalance reprend vite place; ce n'est que le monde qui tourne sans lui, rien ne vaut la peine de s'irriter.
Il l'a déjà bien trop fait récemment, de toute façon.


« Ah, c'est inhabituel. On me dit plutôt l'inverse habituellement, que c'est impoli de ne pas regarder les gens dans les yeux. »



Il détourne simplement le regard, l'air de celui qui s'en fout — il faisait un mauvais barman à cause de ça, avec son air absent et ses sourires fades, les clients avaient du mal, même si ses boissons étaient réussies.

« Et on peut aussi dire qu'il fait toujours nuit quelque part. Quoi qu'il en soit, je te ressers un verre ? »



Inutile de relever l'expression de plus tôt, s'il y avait quelque chose qu'Aaron pouvait comprendre, c'était l'envie de se bourrer la gueule. Mais il ne put s'empêcher d'ajouter :

« Si tu continues sur ce rythme, il vaudrait mieux que tu trouves quelqu'un pour te raccompagner. »



Selon l'état dans lequel le gosse finissait, il serait peut-être capable de s'éclater la gueule sur une voiture à l'arrêt au moment de partir — ce n'était pas du vécu, juste du vu, même si il n'en avait pas été loin à plusieurs reprises. Surtout vu qu'il n'avait pas l'air d'avoir l'habitude de boire.

© charney


hrp:
 


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Charles Bowers
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Lun 19 Déc - 23:26



En fait, sa présence te mettait mal à l'aise, son ombre qui surplombait ta table, fixant la gueule que tu tires quand rien ne tourne, quand rien ne fonctionne comme il faut. Et ça, ça te gêne atrocement, tu n'aimes pas que les gens lisent en toit comme dans un livre, tu aimes faire croire que tu n'es qu'une personne, un citoyen modèle comme tant d'autres. Ça t'évite de penser aux gens, ça t'aide à ne plus penser du tout. Tu te sens plus mal pour lui que pour toi, oui, parce que « qu'est que ça doit être chiant d'écouter les gens ». de leurs problèmes fades, sans aucune empathie qui coule entre ses deux yeux insipides , vides de tout, vide de comprendre pourquoi la vie, c'est comme ça, c'est tout un gros patatra. Et tu le regardes, pour la toute première fois, tu suis les courbes de son anatomie, remontant ton cristallin contre le sien, immobilisant le temps l'espace de quelques secondes « les gens sont tellement chiant ».

tu lui demandas un autre verre après avoir grossièrement dévié ton regard vers le lampadaire dehors, silencieux, ta marque de fabrique qui s'immisce sans aucune gêne dans le ciment de ta vie sociale que tu vois dégringoler depuis le plus haut des cieux, brûlée par les étoiles de ton arrogance. Que tu sois bourré ou non, la donne n'y changera rien. Tu n'as jamais collaboré avec l'alcool pour augmenter la puissance de ton autodestruction. C'était beaucoup trop, ça te rendait dingue de savoir que la boisson pouvait te mettre dans des ébats bien pires que ceux auxquels tu as dû faire face. La fumée de la cigarette, vaporeuse qui s'enroule lentement autour de bronches, déchiquetant de leur nicotine le peu de santé qu'il leur reste.
Tu as fait tellement de choses,
toutes aussi connes,
toutes aussi nulles.

Alors oui,
« c'est bon, je sonnerai à un ami »
la vérité ne fait pas partie de tes,
fameux amis.



#robin
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Aaron K. Holtzman
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Mer 21 Déc - 23:10

vas-y, lis entre les lignes

Sa première réaction fut d'hausser les épaules — ça ne le dérangeait pas réellement, d'écouter les gens. Au contraire, c'était plutôt intéressant; il récoltait des éclats de vies et des murmures d'histoires, des espoirs illusoires et des leçons durement apprises. Lui, qui ne vivait pas, peu, avait la fébrile impression d'avoir un un trop-plein d'expérience; de multiples histoires qui traînaient dans son crâne, des êtres déchirés et d'autres lumineux, et parfois, souvent, un savant mélange des deux; fêlure et jointure.

« les gens sont tellement chiant »


Chiants, lassants, ennuyants, ennuyés, énervés, frustrés, abîmés, écorchés.
Le regard de l'adolescent se pose sur Aaron, mais celui-ci ne cherche pas à les faire se croiser. Il se demanda vaguement si ces cicatrices l'intriguaient, mais la plupart des gens ici ne s'y intéressaient pas tant que ça — tout le monde avait quelque chose de lourd à porter.
Chiants, complexes, contradictoires, imparfaits.
Un nouvel haussement d'épaules — encore une fois, les mots lui échappent. Bonne oreille, mais loin d'être un beau parleur, malgré les énièmes et effrontées tentatives de recoller les morceaux.

« Ils sont aussi chiants qu'ils sont intéressants, le plus souvent. »


Peut-être que cela ressemblait trop à du sarcasme, mais ça n'en était pas — le sien était toujours accompagné d'un venin cinglant, impossible à louper, alors qu'ici le calme régnait.

« Aussi compliqués qu'ils sont vivants. »


Les mots filent dans son crâne mais ne franchissent pas la barrière de ses lèvres; trop difficile de les choisir, trop compliqué de les formuler. Il devrait alors en imiter d'autres, et leur diction parfaite, leurs mots distingués et. Il ne sait pas, le pourquoi, le comment, le vide dans son thorax là où il devrait être guidé; pour dire ces choses belles, ces choses vraies, qui marquent, qui sauvent.
Peut-être parce qu'il ne les a jamais entendues.

Un hochement de tête en réponse à la commande, et l'attente, encore. Quelques secondes qui s'étirent tandis que son regard s'éternise sur une ronde de la salle, puis la réponse attendue.
Un peu étrange, un peu tordue.
Alors, avant d'aller préparer le verre suivant, il rajoute un

« Si jamais personne ne peut venir, il arrive qu'on raccompagne les personnes qui en ont besoin. »


C'était à la fin du service, qu'ils faisaient ça, mais il aurait bien le temps de le préciser plus tard. Le gosse semblait déjà appartenir au décor, comme dans une gravure. À peine mobile, à peine atteignable. Frêle figure entouré d'une immensité de vide.
Retour au comptoir, préparation du verre — mécanique reposante, organique épuisante.
C'était rapide, et bientôt il déposait un autre verre devant l'adolescent. Il n'avait pas fait attention au début, mais celui-ci était vraiment frêle — il s'en sentait presque grossier, écrasant.
C'était bien la première fois, d'ailleurs.

© charney


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Charles Bowers
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Jeu 22 Déc - 2:51



L'alcool n'est pas bon, tu frimes devant le centilitre qui te nargue de sa parure érotique. La pluie te réveille, elle claque d'un coup sec sur la fenêtre, le lampadaire n’émet plus qu'une centaine de fragments de lumière qui perlent un à un dans les gouttes qui dégoulinent sur le reflet de tes yeux. Vivants, médicalement parlant, les gens l'étaient. Ils marchaient, ils se reproduisaient en masse pour ne laisser que des pantins dont les ficelles brûlées, sont tombées dans les tréfonds des limbes. Par exemple « j'ai cessé d'être … hmm enfin … de vivre comme quelqu'un de vivant, je crois. C'est bizarre ... » tu penses, tu marmonnes tout seul. Tu partais loin, très loin, partir comme ça, sur des routes nappées de charbon, ça te rend pas mal perplexe quant aux réactions, quant à sa réaction.

Deuxième verre terminé, une crampe te saisit de ta torpeur presque innocente, te rappelant que tu n'as absolument rien mangé depuis sans doute hier soir. Tu oublies souvent de manger, très souvent et ça se voyait. Maigre, horriblement maigre suivant les mois. Les côtes saillantes dissimulées par une chemise un peu trop grande parfois, les manches fermées, verrouillées pour cacher tout ce qui n'est pas bon de montrer. Ton corps était naturellement faible, il ne prenait pas un gramme de muscle, pas un gramme de courage ou de détermination. Un corps de lâche.
Et tu ressens, tu ressens les pseudos bienfaits de l'ivrogne,
qui se saoule au mauvais alcool,
qui se retrouve perdu,
entre hier et demain.

C'était en soit, la toute première fois que tu te payais un verre, seul, soutenu du regard par le barman qui semblait tout aussi mal à l'aise que toi. Il n'a pas fallu longtemps pour que la chaleur te monte à la tête, non pas au point d'être bourré mais plutôt au point de tout donner, de savoir tout faire, comme un grand. Tu te sentais, bien , mal, les émotions éclaboussaient en toi comme jamais, laissant jaillir de ta bouche les mots de ton incompréhension, diable, que c'est éprouvant. Le temps fondait, ta tête aussi. C'était de trop pour ton estomac, lâchant prise à chaque assaut de sensations fortes. Ce ressentiment étalé sur de longue minute, la somme de tout ça fut plus que froide, bien plus glaciale que le zéphyr gelé d'hiver « les morts-vivants, tu en penses quoi ? » tu l'étais, bien plus que le commun de mortel. « c'était ma mère tantôt et- » tu fus saisis d'un spam, celui qui te ramena un peu plus à la réalité, la salive qui coule, la phrase qui se finit après un long moment de silence, tu fixes le siège devant toi, vide « elle se demande pourquoi j'ai voulu, tu vois, en finir » c'est la honte, clairement « la douleur est une drogue » tu n'arrives pas à t'en détacher, c'est trop dur d'être heureux, la douleur, de son cocon sombre, tu t'y endors, tu t'y établis et tu y crève toute ta vie « c'est con, beaucoup con » des mots éparpillés comme des bouts de verres, blessants, le nœud de ta gorge se serre, mais tes yeux restent limpides « je ne supporte plus d'être vivant » et c'était aussi simple que ça. L'homme avait beau dire qu'il ramenait les clients chez eux, toi, tu voulais juste finir sous la pluie qui tonnait dehors.



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Aaron K. Holtzman
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Ven 23 Déc - 16:49

vas-y, lis entre les lignes

Ce son, ce ton, ces mots. Mal-être, mal-être, mal-être qui dégouline comme la pluie sur les vitres, qui infeste, qui pourrit.
C'était comme une intrusion, des souvenirs articulés du bout des lèvres qui n'étaient pas censés l'atteindre, l'étreindre. Son regard se porte sur l'enfant, cet être décharné de joie. Sur le verre qu'il vient de descendre, sur la chaise tout aussi vide. Et tandis que les mots dévalent, lentement, écorchant un peu plus à la gorge à chaque passage, finalement, il tire l'objet, et s'y assoit.

Aaron scrute de nouveau, désireux d'écouter, de comprendre — ou plutôt d'essayer, car la réussite n'est pas son fort. L'essai l'est, lui, peut-être; vu le nombre de tentatives qui se succèdent — en vain.
De toute façon, si ça gêne encore l'adolescent, il n'hésitera pas à le dire.

« J'pense qu'ils méritent de redevenir vivants, mais qu'ils en ont un peu peur, qu'il leur faut réapprendre à l'être et que c'est terrifiant pour eux, du coup ils en ont pas forcément envie. »


Crever l’abcès, sortir, une à une, les réalités qu'il avaient emmagasinées dans son crâne, les mots tatoués, les heures passées à écouter, encore, toujours, dans l'espoir d'apprendre. Libérer les fragments de vies qui grouillent en lui sans lui appartenir, qui s'enlisent entre lui et réalité, rejoignant le tas de conneries qu'il n'a jamais apprises à gérer.
Mais, peut-être, encore une fois, peut-il essayer.

« Ça a l'air d'être compliqué, avec ta mère. »


Euphémisme, sûrement. Son absence de la veille, la manière dont il s'était accrochée à son téléphone — il se demanda si, elle aussi, était racornie par l'amertume, comme la sienne l'avait été.
C'était inutile à dire, mais.
Il était fatigué, de toujours réfléchir avant de formuler, de tout congestionner en un amas imprononçable, indéfinissable, indigeste.

« Ouais. La douleur devient comme une partie de toi, que t'arrives pas à lâcher. »


À moins de tout lâcher. D'abandonner chaque sentiment, et de rejeter tout ceux qui pointaient le bout de leur nez. De se créer un monde de cendre et de regretter le feu et son odeur, sa lumière.

« Soit il faut trouver un moyen de se réparer, soit il faut se détruire et se reconstruire, j'crois. »


Il était censé le faire depuis un certain temps — lequel des deux, il n'en était pas vraiment certain.
Et il y arrivait vaguement, plus que vaguement. Ici au moins, il pouvait tisser quelques liens avec d'autres, mais. Avancer, changer, c'était encore un peu trop compliqué.
Il n'était même pas sûr d'avoir réellement fait son deuil — il se contentait de ne plus y penser.

© charney


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